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Date 8/09/2010
 

 
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J-M Caudron et D. Reguer

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A l'occasion du Colloque L'âge et le pouvoir en question : Vieillir et décider dans la cité 8 et 9 octobre 2008 - Rouen - France - Interviews de Daniel REGUER (DR) est Maître de conférences en sociologie, CNRS, CIRTAI-UMR IDEES, Université du Havre. Président du conseil scientifique de l’association « Vieillir, c’est vivre ! »- Jean-Michel CAUDRON (JMC), Délégué national de l’association « Vieillir, c'est vivre ! », consultant en Ingénierie gérontologique (Ingénierie Sociale).Elle illustre la richesse de la coopération entre chercheurs et consultants

Que penser de politiques participative à destination des populations âgées dont on sait qu’elles sont loin d’être homogène et d’avoir les mêmes conditions de vie ni les mêmes besoins ?

JMC : D’un côté, des initiatives publiques sont entreprises depuis 25 ans pour promouvoir une représentation des retraités. Les CODERPA (Comités Départementaux des Retraités et Personnes Âgées), instance consultative auprès des conseils généraux depuis 1982, n’accueillent en leur sein que des « retraités actifs », représentants institutionnels d’associations de défense de retraités, de fédérations de clubs du 3ème âge ou de syndicats de retraités.

De l’autre, de nombreux acteurs accompagnent des initiatives publiques à caractère participatif comme la Fondation nationale de gérontologie (FNG) et Agevillage (www.agevillage.com) qui lancent la 2ème édition du Prix « Conseil de vie sociale », plus centré, en 2008, sur la « prise en compte des familles dans les structures. Si les recommandations de politiques publiques et les initiatives pour les concrétiser, sont réelles, on peut s’interroger sur la représentation des populations dont la perte d’autonomie sociale, psychique et/ou fonctionnelle, rend difficile une représentation institutionnelle directe.

DR : Notre réflexion s’intéresse, d’une part à la question de la participation, au sens de consultation par les institutions politiques et, d’autre part, à la question de l’implication directe des personnes âgées dans les instances de gestion des établissements et services. Les premières, représentantes légitimes de l’intérêt général gagneraient à animer des instances consultatives de proximité. Dans les secondes, si on demande aux personnes âgées d’approuver des instances de décision qui leurs sont étrangères, dans un langage administratif codé, il ne faut pas s’étonner qu’elles n’y participent pas.

Au delà des critiques sur les instances de consultation et la représentativité des personnes qui y participent c’est la question même de l’ « injonction participative » qui se pose… Finalement les personnes âgées dans leur majorité sont elles réellement en attente de mécanismes participatifs ?

DR : c’est précisément l’intérêt de rendez vous internationaux comme le colloque initié par le REIACTIS, et une équipe CNRS (CIRTAI) de l’Université du Havre. Nous ambitionnons d’explorer cette question et d’interroger la réalité du caractère démocratique de la seule modalité, prise isolément, que constitue le Conseil de la Vie Sociale. Des résultats qualitatifs sur le « constat d’écoute » sont confortés par une enquête quantitative réalisée auprès de la population âgée de Seine Maritime*. De prime abord la volonté de participation est très faible. L’aspiration à des conseils consultatifs n’est le fait que de 8,6% des personnes interrogées. Ce sont celles qui sont déjà sur-intégrées, ont une expérience de responsabilité associative par exemple. Ce sont aussi les plus jeunes, vivant en couple, en bonne santé. Mais nous avons tenté d’aller un peu plus loin dans l’explication de ces résultats

JMC : Il apparaît que L’aspiration à une « consultation » est réelle. Une 1ère analyse d’une enquête lancée par l’association « Vieillir, c’est vivre ! » dès 2005 (www.cafe-des-ages.net), met en évidence une aspiration à des lieux d’écoute et de prise en compte des plus anciens de nos concitoyens, de ceux qui, à leur domicile personnel ou en établissement de retraite, sont en perte d’autonomie sociale, psychique et/ou fonctionnelle. Les structures comme les Conseils de Vie Sociale ne constitue qu’une forme parmi d’autres de recueil de l’expression des usagers. Entre la présence délibérative dans les instances de décision des services et établissements, et l’écoute informelle des usagers, il existe de très nombreux degrés dans l’échelle de décision ou de consultation. Nous formulons l’hypothèse que ces échelles sont en réalité des modalités différentes de participation, par des groupes sociaux aux caractéristiques toutes aussi différentes.

Vous distinguez donc l’intégration des personnes âgées dans des structures institutionnelles d’un mode relationnel fondé sur l’écoute qui fait partie selon vous d’une forme d’intégration aux décisions ? Et dans ce cas les personnes interrogées dans votre étude se sentent elles plus intégrées…

DR : Oui et non. Oui on note, par exemple, de part et d’autre de l’âge très arbitraire de 75 ans que la proportion de personnes qui pensent que « le personnel est souvent à l’écoute » passe du simple au double. Autrement dit avec l’avance en âge l’importance de cette forme de concertation non institutionnelle, non organisationnelle, qui relève plus des pratiques professionnelles est plus appréciée. D’une façon plus générale, les réponses positive à la question « pensez-vous qu'on tient suffisamment compte de leurs avis ou de celui des familles ? » est donc plus fréquent aux âges plus élevés. Mais cette écoute est illusoire si, en même temps, les porteurs de cette écoute n’ont pas de place significative dans les instances de décision des services ou établissements ou dans les instances consultatives des collectivités territoriales. Pratiques d’écoute et intégration dans les structures institutionnelles de décision sont inséparables. Ce qui est possible dans la souplesse du statut associatif et plus généralement les entreprises sous forme de société de personnes, l’est beaucoup moins dans la gestion publique et encore moins dans les entreprises sous forme anonyme de société de capitaux. Le désir d’écoute est un désir de relation de personnes, pas d’un échange marchand et de ses économies de personnels.

Votre bilan des Conseils de la Vie Sociale est en demi-teinte. Pourquoi ?

JMC : Les conseils de vie sociale, instance consultative des représentants des résidents et de leur famille, auprès des directions d’établissement d’hébergement font suite aux conseils de maison (facultatifs, créés en 1985), puis aux conseils d’établissement (rendus obligatoires en 1991. Ils apparaissent comme des lieux de proximité aptes à prendre en compte l’expression des usagers dont les populations vieillissantes, handicapées ou malades. Pourtant, au delà de leurs différences, ces types d’instances de consultation des usagers tendent le plus souvent à légitimer des processus et lieux de gestion par des tiers, autres que les usagers ou salariés.

À partir de l’observation du département de Seine-Maritime, notre réflexion interroge la réalité qualitative de la consultation, et de la mise en place effective de ces conseils. En effet, il semble que très peu de services d’aide et de soins à domicile, pour l’instant, ont créé un Conseil de Vie Sociale (la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médicosociale les oblige à avoir soit un conseil de vie sociale, soit toute autre forme de participation).

DR : Ça, ce n’est pas un manque d’appétence des personnes âgées.

Au terme de votre enquête que suggérez-vous ?

JMC : On peut dès lors interroger s’il ne serait pas utile d’organiser aux niveaux communaux/intercommunaux, départementaux, régionaux et national, des temps et lieux d’échanges entre les élus des différentes strates politico-administratives et les représentants des personnes aidées et de leur famille au sein des Conseils de Vie Sociale des établissements d’hébergement et des services d’aide et de soins à domicile ?

DR : Une telle relation directe et de proximité permettrait aux élus d’entendre un diagnostic profane des représentants légitimes des personnes exprimant un désir d’écoute, un désir de relation de personnes.

Vous retrouverez D. Reguer et J-M Caudron au colloque à la table ronde : n°7 « Évaluation des besoins et intégration des publics dans l’offre d'infrastructure de services en situation de perte d'autonomie… »

Rendez vous les 8 et 0 octobre à la maison de l’Université à Mont Saint Aignan (Rouen)

Enquête réalisée auprès de 841 Seinomarins de 55 ans et plus, en janvier et février 2007 avec les étudiants du département « carrières sociales » de l’IUT du Havre. Enquête de rue méthode des quotas.

Interview de Daniel Reguer et Jean-Michel Caudron mis à jour le 29/09/2008

Plus d’information sur le colloque : http://www.reiactis.org

Par Reiactis le 02-10-2008

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